Nous connaissons tous la carte routière, un ensemble de code de lignes, de couleurs et de mots pour donner une représentation graphique symbolique des chemins, routes, villes et villages, forêts, cours d’eau, reliefs, présents sur un territoire. C’est une façon d’organiser en les schématisant et les simplifiant, toutes les informations rencontrées dans un espace géographique donné afin d’avoir des points de repère. Pour aider à la construction de cette représentation, cette cartographie est structurée autour de la notion de points cardinaux.

Toutes les cartes ont la même fonction, représenter en 2 dimensions une réalité tri ou quadri dimensionnelle afin de voir à une échelle réduite et schématisée quelque chose que l’œil ne peut pas embrasser en un seul regard. C’est cette transposition, à plat sur une feuille de papier ou sur un écran d’ordinateur, qui est créative ! Tout d’un coup, on voit ce qui n’est pas visible, des éléments éloignés de plusieurs centaines de kilomètres par exemple pour une carte géologique. On met ainsi en lien par relation de similitude ou d’opposition, des éléments qui ne sont pas contigus.

La cartographie comme outil de créativité

Napoléon Hill raconte l’histoire d’une personne qui avait acheté une concession d’or qui était censée donner une production mirobolante. L’acheteur s’est mis à creuser et effectivement, il est tombé sur un très bon filon qui a commencé à l’enrichir. Au bout de quelque temps, le filon s’est tari et, malgré tous les efforts de son propriétaire, la mine ne donnait plus rien. Dépité, celui-ci vendit sa mine pour une bouchée de pain. Le repreneur, qui savait lire une carte, compris que le filon devait continuer plus bas et qu’il fallait descendre en profondeur. C’est ce qu’il fit et il trouva la suite de ce filon d’or et devint très riche. Que nous enseigne cette histoire ? Non seulement que la persévérance est l’une des clés de la réussite et aussi que c’est grâce à la lecture d’une carte qui rassemble des informations diverses, comme la présence d’une couche géologique associée à la présence d’une faille et d’autres indices, que l’on peut projeter des possibles invisibles à l’œil nu. En cela, la cartographie devient un outil de créativité.

Les cartes mentales

Par analogie, la cartographie mentale permet de rassembler autour d’un sujet des informations qui ne se croiseraient peut-être pas si on s’en tenait à une pensée linéaire. Les cartes mentales reprennent la même métaphore, organiser les idées, les informations autour d’un centre pour savoir les classer, les hiérarchiser et les retrouver facilement. L’équivalent avec la métaphore de la carte routière est par exemple l’organisation des informations autour de la ville de Lyon : au Sud les industries pétrolières, au Nord les vignobles du Beaujolais et la Bourgogne, à l’Est la trouée qui mène à la Suisse entre les Alpes et le Jura, à l’ouest Saint Etienne et ses anciennes manufactures.

Les cartes mentales sont calquées sur le fonctionnement naturel de la pensée qui, à partir d’un sujet, relient des informations à d’autres sujets qui peuvent avoir ou non des liens entre eux. Par exemple, entre la plante appelée communément le gratte cul (le cynorrhodon ou églantier) et le velcro, il n’y a pas de rapport. Sauf que celui qui a découvert et créé le velcro a rapproché la plante, son système de crochet lui servant à être transportée par les animaux afin d’essaimer et les systèmes de liens utilisés pour lier deux objets (clou, colle, corde, scotch) dans une sorte de cartographie mentale. Est alors née l’idée qu’en reproduisant ce que fait la plante avec un matériel comme le plastique, on devait pouvoir créer un système d’accrochage des objets entre eux. Ce rapprochement a engendré le velcro, réussite technologique, commerciale et financière exceptionnelle.

Nous faisons dans notre tête en permanence des cartographies des informations que nos yeux, nos oreilles et tous nos sens, captent et traduisent en représentations. La carte physique est à l’image de l’organisation de nos neurones, faite de cellules et de liens multiples entre elles. C’est une projection à plat simplifié de tous ces réseaux de connections.

Les cartes créatives : faciliter la divergence et produire la matière idéelle pour la convergence

C’est cette idée que nous allons utiliser dans les cartes créatives. Les cartes créatives se servent de la structure rayonnante des cartes mentales pour produire des idées et les organiser en arborescence autour d’un centre où on inscrit le « comment faire pour… » que l’on souhaite explorer. En rassemblant des informations sans lien de linéarité entre elles sur une même carte, on provoque visuellement des rapprochements qui sont éminemment créatifs.

Plusieurs modalités de réalisation de cartes créatives existent : la carte chaotique, la carte arbres à idées (par éloignements successifs), la carte d’images, la carte humaine, la carte en manège, la carte de concassage, les cartes méthodes, la carte boussole, la carte sensorielle, la carte sociogramme, la carte tarot etc.

Le but des cartes créatives est de faciliter la divergence et de produire la matière idéelle pour la convergence.

La carte mentale en tant que telle, dont l’objet est de structurer des informations éparses en catégories, est un excellent outil pour réaliser les phases de convergence, jusqu’au concept réponse et à la mise en perspective projet. La catégorisation est l’équivalent de la « clusterisation », à la différence que dans les cartes mentales, on fait plusieurs opérations en même temps : capture de l’information brute, organisation en catégories sémantiques ou logiques, mise en lien des informations entre les catégories.

La carte mentale en intelligence collective

Une autre forme de créativité avec la carte mentale est son utilisation en intelligence collective lorsque, autour d’une problématique, d’un thème, d’un besoin, le facilitateur propose un processus progressif, alternant des phases individuelles, à 2, puis à 4, puis à 12 ou plus, avec pour mission de faire l’exploration exhaustive des items possibles liés au sujet central. Généralement, cela produit un résultat plus riche que le résultat d’une carte individuelle, chacun rebondissant et enrichissant de son expérience les idées apportées par les autres co-créateurs de la carte.

L’équation de la créativité « 1 + 1 = 3 » se vérifie à chaque fois et en cela la carte est créative.

Cette utilisation créative de la carte mentale en intelligence collective est particulièrement efficace pour trouver la représentation à la fois globale et détaillée d’un projet d’entreprise et parvenir à la construction collective d’une vision commune partagée du futur du groupe, du projet ou de l’entreprise. Il est rare et compliqué pour un manager ou un chef d’entreprise de fédérer tous les membres de son équipe autour de sa vision, d’en partager sa représentation et que celle-ci acceptée. Avec les cartes créatives et les cartes utilisées en intelligence collective-créative, on parvient très rapidement à ce résultat.

La carte fédère parce qu’elle focalise sur le sujet central, elle stimule la créativité de chacun parce que l’arborescence permet d’explorer le sujet en divergence et enfin, elle permet de construire un résultat très riche organisé au fur et à mesure que la carte s’élabore.

La version outil des cartes créatives se sert de cela pour mobiliser les énergies et les canaliser. Là encore c’est le principe graphique et la dynamique de création d’une carte qui est créatif par essence. Le génial Léonard de Vinci l’avait compris. On retrouve dans ses carnets de notes de nombreuses organisations graphiques de l’information que l’on peut assimiler à des cartes mentales. Il avait compris qu’en mettant en relation visuelle et non linéaire des idées, elles se croisent et s’ensemencent entre elles. Là encore les différentes formes de cartographies favorisent la créativité.

En conclusion, on peut dire que réfléchir, c’est établir une carte d’informations, et que de cette ou ces cartes on peut faire des rapprochements qui sont créatifs. C’est ainsi que l’on peut expliquer la sérendipité. Des cartes d’informations qui n’ont rien à voir à priori entre elle et qui, tout d’un coup, par la magie des connexions neuronales, se croisent et font naître une nouvelle idée, un concept, des possibles.

En animation, chaque fois que l’on demande aux participants de rassembler leurs idées autour d’une question posée dans une phase individuelle puis que l’on donne la consigne de les croiser avec son voisin, on fait se rencontrer deux cartes et on déclenche un processus de créativité conscient ou non.

La carte est créative, son croisement avec d’autres cartes l’est plus encore et enfin, on comprend comment toute mise en relation est le début du processus de créativité, voire sont essence.

Sur le même sujet, la prochaine formation Iris Créativité

Cartes mentales et arbres à idées en production créative de groupe
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