Débattre ou ne pas débattre : That is the question !
Episode 1.

« SVP rappelez les règles de la divergence »

Voici ce qui est écrit sur un petit papier plié en 4 remis discrètement dans une main de l’animatrice du processus de prospective créative à la fin d’une séquence de travail !

En langage codé cela veut dire : les participants ont du mal à s’écouter, les échanges sont stériles, on s’enlise, pas le bon niveau, on est dans la joute oratoire, les égos tuent dans l’œuf les idées, les personnes n’ont pas le temps d’émettre une pensée qu’elle est déjà prise dans la polémique, prise dans l’analyse, le jugement, l’expertise.

Alors peut-on ou non débattre dans un travail de recherche de solutions au risque d’aller à l’encontre du principe de divergence clé à toute émergence d’idées ? Au risque de perdre la puissance magique du fameux « OUI, ET … » qui permet d’enrichir, de rebondir, de jouer avec les idées des autres sans les détruire, les réduire par notre spontané mais si fourbe  « OUI, MAIS… ».

Oui et non serait une réponse à la normande. Tout dépendant de ce que l’on met derrière le mot recherche de solutions. Voici mon point de vue :

  • NON, on ne peut débattre si l’on travaille dans une véritable logique de créativité, de recherche d’idées nouvelles et atypiques, si l’on convoque l’imaginaire, si l’on s’engage pleinement dans le autrement, le jamais vu, le pas de côté pour répondre à la question.
  • OUI, on peut débattre si l’on est dans un processus de construction commune de solutions en partant de l’expérience, des compétences, des pratiques du groupe sans chercher de changements radicaux ni dans la posture, ni dans les résultats. On est dans un processus d’amélioration de l’existant. L’imagination ne sera pas forcément sollicitée.

Co-construire le débat ?

Depuis 15 ans je navigue entre des clients, entre leur culture de la co-construction, du débat, entre leur capacité à oser échanger autrement, leur désir affirmé ou non de changement dans leur manière de travailler.

Quels que soit les contextes et les demandes, mon but est toujours, au travers des règles et des architectures d’animations  proposées, d’assouplir, c’est-à-dire de permettre :

  • aux idées de s’enrichir de toutes les pensées
  • aux points de vue rigides d’évoluer
  • aux membres d’un groupe de sentir la richesse de la différence
  • aux influences et jeux de pouvoirs de laisser la place aux signaux faibles, aux voix discrètes

Cependant je sais – et le petit papier me le confirme encore une fois – qu’il y a des étapes et des gardes fous à mettre en place lorsque l’on va travailler en posture créative pure.

Le visioning ?

Avec le Visioning, où se trouve-t-on : créativité pure et dure ou échanges pour construire ?

Ici, on vise la créativité, donc le débat n’est pas invité et les règles sont claires :

  • Non-jugement – le fameux Oui, et… et son soutien le carton jaune de l’anti-censeur
  • Abondance d’idées – tout et même les redites
  • Courte échelle de la pensée – jouons avec les idées des uns des autres
  • Originalité bienvenue mais pas obligatoire – aucune injonction à sortir du rang

Et comme il s’agit d’un processus qui se travaille en grand groupe avec plusieurs temps en sous-groupes, il va falloir se faire aider de diverses manières :

  • Introduire les règles de la créativité en amont de l’engagement du processus de Visioning
  • Créer un groupe d’alliés avec les membres du groupe-projet en les formant en amont à la posture créative ; ils deviennent ainsi pendant le processus des deux jours de véritables diffuseurs dans les sous-groupes de la posture créative du non-jugement ;
  • Répartir dans chaque sous-groupe des rôles entre les participants : un anti-censeur, un garant des consignes ;
  • Et si l’on est riche, avoir un co-animateur dans chaque sous-groupe lorsque l’on travaille à plus de 60 participants.

C’est un des grands défis de l’animation des processus créatifs en grands groupes. L’animateur est plus éloigné et ne peut à lui seul retenir le réflexe de la joute oratoire et du débat hors du jeu. S’il sent dans le cadrage de la demande et dans l’accompagnement du client que cela n’est pas encore possible, alors peut-être est-il intéressant de travailler autrement la recherche de solutions. D’autres processus et techniques d’animation où l’on introduira le débat en le construisant pas à pas pourront être utilisés : rendez-vous à l’Episode 2 !

Sur le même sujet, le visioning par Iris Innovation
Pour en savoir plus, c’est ici !

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