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Pour une éducation qui soutient la créativité

Stimuler la créativité des enfants par l’éducation

Qu’est-ce que la Pensée Divergente ? 

Le professeur Louis d’Hainaut (Université de Mons –Hainaut) la définit ainsi :

« La pensée divergente est celle qui, dans un problème, recherche toutes les solutions possibles, moins attachée au conformisme de la réponse qu’à son originalité, à son aise dans les questions vastes et mal définies, capable d’apercevoir des relations entre des faits jamais rapprochés jusque là, de produire des formes nouvelles par essais et erreurs, par tâtonnement expérimental. C’est la pensée de l’artiste, du savant, du pionnier, du novateur »

Une notion très ancienne restée parent pauvre dans l’éducation

«Entendement n’est rien sans le secours de l’imagination » nous dit René Descartes, décrivant cette pulsation entre pensée divergente et pensée convergente.

Si Ken Robinson a mis en évidence dans sa fameuse intervention à TEDX, l’urgence de développer la pensée divergente au sein de l’éducation, le concept de « pensée divergente » n’en est pas pour autant nouveau. Considéré comme une des bases fondamentales pour le développement de l’intelligence créative, il est même au cœur de nombreux travaux développés par de nombreux auteurs « heuristicien » :

  • Dès les années 1900, Théodule Ribot qui a écrit sur le développement de l’imagination créatrice
  • Alfred Binet, connu comme précurseur de la pédagogie différentiée jetant les bases de la psycho-pédagogie a lui, dans la foulée des travaux de Ribot sur l’association d’idées, développé ses recherches sur le processus créateur, l’imagination, l’idéation, l’abstraction, la mémoire,… avec une approche de l’intelligence globale !
  •  Dans les années 50, Guilford et Torrance en ont fait un terrain d’expérimentation et même de mesure, travaux repris dans les années  60 par Osborn et Parnes dans la fondation de la Creative Education Foundation, puis Prince et Gordon.
  • Enfin nos contemporains, Todd Lubart et son équipe de l’université de Paris Descartes constituée de Christophe Mouchiroud et Maud Besançon (conception de l’approche EPOQ)…

L’ensemble de ces auteurs définit la pensée divergente comme étant la capacité à :

  • Flexibilité : adopter plusieurs points de vue dans une situation donnée, observer le problème sous plusieurs angles, avec une variété de domaines et catégories au sein desquels les idées sont trouvées.
  • Fluidité : imaginer un grand nombre de solutions à un même problème ou une même question.
  • Originalité : voir les choses avec un autre œil que l’habitude, que les conventions sociales ou scolaires, émettre des propositions qui sortent de la « banalité », de ce qui est « convenu ».
  • Bissociation : établir des connexions, des arborescences (ce que j’appelle la pensée rayonnante), des liens entre des idées qui n’en ont pas a priori, plutôt que de penser seulement de manière linéaire.
  • Élaboration : développer suffisamment l’idée, de façon à ce qu’elle soit « communicable », que les autres puissent s’en faire une image, une représentation.

Mais la pensée divergente est une capacité qui décroit au fil du temps… Si on ne l’encourage pas régulièrement !

Selon plusieurs études, il semble que 98% des enfants de maternelle seraient des génies en matière de pensée divergente. Cinq ans plus tard, alors âgés de 8 à 10 ans, seuls 50% d’entre eux réussit le test avec autant de succès. Cinq ans de plus, et le nombre de « génies » a encore chuté (Ken Robinson). Or, Torrance, dès 1962, a pu établir la forte corrélation entre la capacité de divergence et la réussite scolaire.

D’où vient un tel déclin ?

Si l’apprentissage scolaire a quelque peu amenuisé notre capacité à penser de façon divergente en privilégiant la pensée logico-déductive, plutôt qu’inductive :

  • une seule solution correcte pour un problème donné,
  • apprentissages cloisonnés,
  • rythme effréné de cet apprentissage.

Nous sommes tous par ailleurs victimes d’un biais cognitif que l’on appelle «la fixité fonctionnelle ». Il nous limite à utiliser un objet seulement de la façon dont on nous l’a appris et… qui empire à mesure que le temps passe (par exemple quand nous apprenons qu’un cintre est fait pour suspendre ses habits). La contrepartie de cette faculté à apprendre rapidement est de cloisonner nos esprits à une seule possibilité plutôt qu’à chercher des alternatives.

La suite… Le mois prochain !

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