« Sans humour, le cerveau n’est qu’une matière toute grise » entendu sur France Inter

Imaginons un groupe de créativité au sein duquel un facilitateur se prend au sérieux, énonce d’un ton docte des règles du jeu du fonctionnement créatif – la suspension du jugement, les deux temps de divergence/convergence, … – puis met le groupe en production d’idées…

Deux scenaris possibles à mon avis :

  • soit le groupe se soumet à ce climat emprunt de sérieux, et est amené donc à produire des idées « sérieuses ». Cela veut bien dire que le jugement n’est pas suspendu : le mode de production d’idées risquera d’être immédiatement « dans le cadre » , efficaces , « politiquement correctes ». Ici point de place pour le flou, pour l’ébauche d’idées encore imparfaites. Aucune prise de risques, personne n’ « osera » le moindre « détour » créatif.
  • soit le groupe, saisissant le message totalement paradoxal du facilitateur, aura envie de déclencher une bascule chez ce facilitateur quelque peu coincé. Le groupe va alors s’y donner à cœur joie à ne produire que des idées provocatrices, par une émulation réciproque, au risque de ne faire que se purger sans jamais avoir une production quelque peu exploitable.

« La distinction la plus trompeuse est celle qui oppose le travail et le jeu. »
Germaine Greer

L’art de la posture du facilitateur

A la seule vision de ce scénario cauchemar, force est de constater qu’au cœur même du processus de facilitation d’un groupe de créativité, la posture de l’animateur se devra d’inclure l’humour. Le facilitateur en créativité se doit de proposer et d’incarner une séance de « travamusement » : travailler en s’amusant.

En quoi cette posture est-elle libératrice de créativité ? Et quels moyens le facilitateur a-t-il à sa disposition ?

  • Tout d’abord, l’humour va permettre aux participants d’accéder à leur énergie ludique. Car le du processus créatif est un processus de jeu : jouer avec ses représentations, jouer avec les sens différents, jouer avec les imaginaires, des futurs non encore existants, se mettre donc dans cet état d’esprit de l’ « enfance » où tout est possible, rien n’est interdit, tout est combinable, décadrable, réutilisable, …
  • L’humour va également déclencher rire et plaisir, et par cela même des endorphines propres à mettre les participants dans un état d’expansion de conscience propice à une production débridée, à un imaginaire foisonnant, aux ressources de son inconscient car activant des circuits neurologiques non accessibles habituellement.
  • L’humour va avoir également une portée pédagogique puissante. A l’instar de l’adage « un beau dessin vaut mieux qu’un long discours », l’humour peut libérer des prises de conscience déflagratrices.
  • Enfin l’humour est au cœur même de l’expérience créative : permettant une prise de recul par rapport à une situation difficile (cf. l’humour juif), le décadrage (Boris Vian, Picasso, Raymond Devos, le récup’art,…), l’aide à l’apprentissage (le conte ou la parabole), la prise de conscience (par la caricature).

« Les gens qui ne rient jamais ne sont pas des gens sérieux. »
Frédéric Chopin

Apporter la touche d’humour en animation

Aussi étayer sa formation ou son intervention de supports permettant cette distance par l’humour :

  • des petites histoires illustratives, des contes ou des paraboles ( j’aime particulièrement les « brèves de comptoir » de JM Gouriot ou les contes soufis hautement métaphoriques)
  • des extraits de film
  • des powerpoint humoristiques
  • des situations caricaturées, dessins illustratifs, bandes dessinées, …
  • des jeux et des situations dans lesquelles les participants seront invités à l’humour
  • et bien sur une congruence dans la posture même de l’animateur

Je ne peux que conseiller à tout animateur de créativité à développer sa capacité à prendre les choses avec humour en ayant, par delà son professionnalisme de facilitateur, des activités telles que : ateliers d’écriture, collage, clown, conte,… lui permettant d’incarner la posture créative de « suspendre son jugement ».

Attention toutefois : l’humour se devra d’avoir une portée pédagogique ou adaptée au thème ou au groupe. Rien de pire que de « séduire » un groupe avec une blague quelque peu « lourde »  au relents souvent racistes ou sexistes !

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