Syndicat : et si nous changions de posture ?

Par Giorgio Milesi et Virginie David Cosme

« Il m’arrive d’avoir de la peine pour mes anciens confrères syndicalistes… La crise de la représentation en France me fait ressentir quasi physiquement qu’il ne doit pas être facile d’être un « corps intermédiaire » en ce moment…  » Virginie

Créer du lien entre syndicat et salariés

Outre l’expression « corps intermédiaire » qui évoque une forme de contrainte infligée au corps, (c’est le côté Qi Gong de Virginie qui parle…), nous osons quelques hypothèses sur l’origine de cette « défaillance démocratique » pour ensuite tenter de prescrire des remèdes issus du chaudron de la créativité…

Notre propos est de montrer comment le processus créatif peut contribuer à permettre à ces corps en mal de légitimité, qui sont pourtant des médiateurs nécessaires à la survie de notre démocratie, de retrouver une place dans notre modèle évolutif de démocratie représentative.

Diverses enquêtes d’opinion montrent sans équivoque que tous ces corps sont soupçonnés de travailler pour les élites contre le « peuple » ou d’avoir comme principal dessein leur auto-préservation, les deux parfois… Bref de « ne pas faire le boulot », qu’ils évoluent dans la sphère socio-politique ou médiatique.

Certains représentants des salariés regrettent d’être devenus, malgré eux, des hyper techniciens, éloignés des préoccupations des individus, comme cette députée socialiste en plein mea culpa à la 5ème rencontre pour le Travail et L’Emploi qui s’est tenue au mois de juin dernier… Pas facile semble-t-il d’échapper à la technocratie ! C’est ce qui expliquerait, selon eux, les raisons de ce désamour qui se transforme parfois en sentiment de trahison.

Réinventer le modèle de représentation sociale

Il est vrai que les référendums d’entreprise et autres pétitions sur Internet bousculent notre modèle de représentation sociale, que ce soit pour défendre l’urgence climatique ou élargir les modalités du dialogue social dans des entreprises (qu’elles soient « libérées » ou pas).

Il s’agit donc pour la société civile de se réinventer pour continuer d’exister et d’être utile! Oui mais comment ? Et surtout, pour quoi ? Aussi, le leitmotiv de Giorgio nous a particulièrement inspiré : « Il est plus important de savoir où aller sans savoir comment, que de savoir comment aller sans savoir où » (Marlon Brando dans Queimada).

Syndicalisme et créativité

Nous avons été sollicités par  des représentants des salariés qui s’interrogeaient avec sincérité sur leur pratique syndicale à la suite d’une élection décevante. Leur demande d’accompagnement : élaborer une nouvelle stratégie de développement compatible avec leurs valeurs. Plutôt que de céder à la facilité dans un but électoraliste en opposant les intérêts des différents groupes sociaux, leur défi était  le suivant : comment faire pour organiser une forme de démocratie participative au sein de l’entreprise ?

Nous avons eu la chance, d’accompagner pendant trois jours cette organisation syndicale et de développer pour ses membres une méthode afin de les aider à vivre leur singularité pour retrouver de la motivation et du sens à leur action.

Nous vous présentons ici les étapes clés ainsi que les techniques principales utilisées :

  1. Renforcer la capacité de l’ensemble des membres à savoir travailler ensemble de façon créative : partager la même posture et les mêmes règles de fonctionnement en équipe, aussi bien pendant cet atelier que plus tard, activer les compétences créatives trop souvent oubliées aussi bien individuellement que collectivement. Une formation à l’approche CPS fut ainsi mise sur pied sur une journée.
  2. Connaitre ses forces et reconnaître ses faiblesses : outils « Foursight » et « Cartes des talents ». La connaissance de ses propres forces et de celles de ses partenaires sous la forme des préférences plutôt que des compétences a permis de passer du « je dois » au « j’ai envie de », bien plus dynamisant et mobilisateur. Cette logique de la connaissance réciproque et de l’apport de chacun au projet commun a été au cœur de différents exercices.
  3. Travailler son leadership pour mieux influencer, en s’inspirant de modèles référencés (« Cartes des consultants virtuels »)
  4. Partager une vision en lien avec le bien commun et l’intérêt général – (cf : raison d’être Loi Pacte inspiré de Simon Sieneck : « your purpose is not your job, it ‘s Something bigger*… ») Nous avons ainsi exploré les valeurs et des croyances de chacun afin d’identifier le noyau commun, patrimoine de l’équipe et utilisé l’approche de la pyramide de Dilts pour élaborer la vision. Puis vint la construction d’une vision concrète de ce défi (« Vision box ») pour mieux communiquer qui on est.
  5. Enfin, lors de la troisième journée, nous avons porté notre attention résolument sur les salariés représentés (design thinking process). L’équipe a défini un projet en lien avec les préoccupations des personnes que l’on représente (revisitées via la « Carte d’empathie »)
  6. A partir de là, une première ébauche du programme des prochaines années a pu être déclinée, en parcourant différentes étapes :
    1. Identifier des actions au profit des salariés, à travers la définition et l’analyse du Parcours des salariés ;
    2. Faire un bilan de ce qu’on a fait de bien et ce qu’on pourrait faire autrement (« Prune the tree ») ;
    3. Choisir les meilleurs moyens et procédures pour faire savoir directement et indirectement aux salariés ce qu’ils doivent connaître et ce qui est fait pour eux ;
    4. Établir un plan d’engagement individuel au projet collectif, redéfinissant la participation à partir des envies individuelles et des énergies de chacun.

Bien vivre ensemble

Cet exemple concret nous montre bien que malgré les dérives individualistes de notre société, l’aspiration au « bien vivre ensemble » émerge de plus en plus en particulier auprès des nouvelles générations. Remettre du lien et éviter les clivages sont alors, plus que des idéaux, des objectifs à faire vivre au quotidien et à long terme grâce à une posture positive et optimiste et à une méthode inspirée par la créativité.

Et alors, notre atelier–formation, pari tenu ? Ce qui est certain, c’est que l’équipe est répartie boostée à bloc : « Nous avons retrouvé un sens, une hiérarchisation des actions, une feuille de route et surtout de l’envie, de l’énergie ».

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